Lyrics: Patrick Jaymes
Music: Paul Glaeser
Un jour, un soldat qui revenait de la guerre, rencontra sur son chemin une vieille sorcière. Elle lui demanda de lui rendre un service, ce qu’il accepta bien volontiers :
* Très bien, très bien, je vais faire de toi un homme riche ! Glisse-toi à l’intérieur de cet arbre dont le tronc est creux ! Tu trouveras trois chambres, chacune gardée par un chien. Le premier a des yeux aussi gros que des soucoupes et garde un trésor fait de pièces de cuivre. Le second a des yeux aussi larges que des roues de moulin et garde un trésor de pièces d’argent. Quant au dernier, il a des yeux immenses comme des tours. Lui, garde un trésor rempli de pièces d’or. Sers-toi ! Mais pense aussi à me ramener un vieux briquet que j’ai laissé près de lui. Mon grand âge m’empêche de faire ce que je te demande !
À force de gymnastique et d’efforts, le soldat parvint au centre de l’arbre, et comme il était courageux, mais en plus, aimait beaucoup les chiens, il parvint à se remplir les poches de pièces, sans être le moins du monde inquiété par les trois molosses. Puis, il ramassa le briquet et remonta à la surface. La sorcière n’était plus là et il vit au loin des gardes du roi qui l’emmenaient en prison.
Laissant la vieille femme à son triste sort, il partit tout joyeux vers la ville. Là, comme un nouveau riche, il mena grand train, s’installant dans un bel appartement, s’achetant de magnifiques habits et fréquentant les meilleures auberges. Mais en quelques mois, toutes ses économies furent dépensées et il se retrouva sans un sou vaillant devant lui. Il fut obligé de s’installer dans un grenier, et alors qu’un soir il cherchait comment allumer sa dernière chandelle, il trouva le briquet de la sorcière qui traînait, oublié au fond d’un tiroir.
Quand il eut frotté la pierre il fut ébahi de voir surgir devant lui, le chien aux yeux de soucoupes ! Au deuxième frottement, ce fut le chien aux yeux de roues de moulin qui arriva et au troisième, ce fut le chien aux yeux comme des tours qui pointa son museau ! Ils semblaient attendre les ordres du soldat et prêts à faire tout ce qu’il voudrait. Le jeune homme, médusé, leur demanda de lui trouver de l’argent, et quelques minutes plus tard, il fut encore plus surpris de les voir revenir avec de l’or et des bijoux ! Aussi, il retrouva son confort et il coula des jours heureux auprès de ses trois nouveaux compagnons.
Un soir, il apprit que le roi et la reine du pays avaient une très jolie fille, une ravissante princesse, mais personne ne l’avait jamais vue car elle était si belle que ses parents la retenaient prisonnière, dans le donjon du château. Il eut très envie de la voir et ordonna au premier chien de lui ramener la jeune fille. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Et quand il la vit près de lui, il l’embrassa et en tomba de suite amoureux. Enfin, il la laissa repartir chez elle à contrecœur. Le lendemain, la princesse dit à ses parents qu’elle avait fait un rêve étrange et qu’un soldat l’avait embrassée. Le couple royal décida de mieux surveiller son enfant. Mais, toutes les nuits, le soldat ne pouvait s’empêcher de faire venir la princesse chez lui.
À chaque fois, l’un des chiens lui ramenait la belle. Or, un soir, une dame d’honneur jalouse et cupide vit le chien aux yeux en roues de moulin emporter sur son dos la princesse endormie. Les ayant suivis à distance à travers les rues sombres de la ville, elle marqua d’une croix blanche la porte où venait de pénétrer l’étrange équipage. Mais un des fidèles animaux l’aperçut depuis la fenêtre, et il s’empressa de faire des dizaines d’autres croix sur toutes les portes du quartier.
Si bien que le lendemain, quand les soldats du roi voulurent, suivant les conseils de la dame d’honneur, arrêter celui qui importunait leur princesse, ils ne purent trouver la bonne maison.
La princesse, elle, de son côté, prenait goût à ses sorties nocturnes et souhaitait en secret se marier un jour avec son beau soldat si riche et si malin. De son côté, la dame d’honneur, humiliée et folle de rage essaya une autre ruse. Elle décida de remplir les poches de la princesse de petits cailloux blancs, et d’y faire discrètement un trou. Ainsi, à mesure que la jeune fille se rapprocherait de son amoureux, une trace pourrait mener les gardes vers l’habitation, jusque-là introuvable.
Cette fois ce fut la bonne. Le jeune soldat fut jeté en prison, la princesse pleura beaucoup, et les trois chiens se cachèrent dans la cave, attendant des jours meilleurs.
Au fond du cachot, le soldat pestait d’avoir oublié son briquet chez lui, au moment de son arrestation. Ah ! S’il l’avait eu avec lui ! Ses chiens seraient venus le délivrer !
Le matin où il devait être pendu arriva. Pourtant, coup de chance inouï, à travers les grilles du soupirail, il aperçut et réussit à appeler un bambin qui passait dans la rue. Il lui offrit alors sa dernière pièce d’or et lui demanda de courir à son adresse, afin de lui ramener d’urgence son briquet. L’autre, ravi, s’empressa de lui rendre service et lui ramena le précieux objet.
La foule se pressait déjà sur la grand-place. Le roi, la reine, la princesse qui pleurait toujours, et toute la cour réunie, virent s’avancer le condamné qui prit la parole et demanda que l’on exauce sa dernière volonté.
* Je voudrais m’allumer une dernière pipe de bon tabac !
Le roi ne put faire autrement que d’accepter. De toute façon, ce jeune présomptueux n’épouserait pas sa fille et serait au paradis ou en enfer dans quelques instants.
Le soldat frotta la pierre une fois, deux fois, trois fois ! Et comme par magie, les trois énormes chiens apparurent au pied du gibet, en grondant et montrant les crocs. Ils foncèrent sur le couple royal. Celui aux yeux comme des soucoupes ne fit qu’une bouchée de la reine. Celui aux yeux en roues de moulin envoya le roi si haut dans les airs, qu’il s’embrocha sur le clocher de la cathédrale. Quant à celui aux yeux immenses comme des tours, il délivra son maître en un clin d’œil ! La foule et les gardes furent saisis de terreur et commencèrent à fuir en tous sens.
À ce moment précis, la jolie princesse se mit à applaudir et crier de joie. Cela eut pour effet de rameuter toute la population. Alors, les gens eux aussi applaudirent cet exploit, et furent si contents d’être enfin débarrassés de leur roi tyrannique, qu’ils portèrent en triomphe le jeune héros, lui demandant de diriger le royaume.
La princesse épousa aussitôt son beau soldat. La noce fut très réussie, et le marié se montra bon et généreux. Tout le peuple fut bien heureux de ce changement de politique et le carrosse, précédé des trois chiens qui faisaient les gros yeux, prit la route du palais sous les acclamations.