Peau d'Âne

Lyrics: Patrick Jaymes Music: Paul Glaeser Il était une fois, un roi aimé de tous et des plus heureux car la reine, son épouse, était belle, intelligente, parfaite. Une femme quasiment unique et inégalable pour ce qui est des qualités... sauf peut-être, par leur unique enfant, la princesse, tout aussi belle et parfaite que sa mère, la reine !
Ravi de ses deux merveilles, le roi en tenait une autre, particulière, des plus rares et originales qui soient. Il possédait en effet un âne, qui au lieu de donner sur sa litière de vulgaires crottins, avait le don de produire à la place, des monceaux d’écus d’or ! Vous pensez d’une aubaine ! Le roi tenait à l’animal comme à la prunelle de ses yeux, puisque les finances du royaume en dépendaient en grande partie.
Malheureusement, un jour, la reine perdit la vie emportée par un simple rhume et le roi éploré, lui jura sur son lit de mort que jamais oh non, jamais, il n’en épouserait une autre. Pourtant, la reine qui était femme de raison et de devoir, l’encouragea à se remarier car le royaume avait besoin d’un prince, d’un héritier mâle pour lui succéder sur le trône. Néanmoins, elle fit promettre au bon roi que sa future épouse devrait être digne d’elle et avoir au moins autant de qualités. Le roi pensa que cela n’allait pas être facile de trouver une femme à marier de cette envergure !
Le temps passa et le roi se mit à la recherche d’une future épouse. Il chercha, chercha, mais ne trouva pas de prétendante assez bien pour lui. La seule qui possédait à ses yeux le profil recherché, était sa propre fille, la jeune et jolie princesse !
Le temps passa encore et le roi devint à moitié fou, se mettant peu à peu en tête de devoir épouser sa fille afin de respecter son serment. Tout le monde tenta en vain de le dissuader et la princesse, horrifiée d’un tel projet, alla trouver sa marraine la fée, pour se confier et lui demander conseil. En effet, son entêté de père persistait dans son projet insensé et demandait chaque jour :
* Alors, quand m’épouseras-tu ? Quand me donneras-tu ta réponse ?
Et chaque jour la princesse repoussait le fatidique moment. La fée lui donna l’idée de réclamer à son père, une robe de la couleur du temps, et qu’elle réserverait sa réponse quand il la lui offrirait. Ainsi, cette demande de cadeau quelque peu étrange, lui ferait gagner du temps. Le roi, espérant combler le désir de sa promise, lui fit fabriquer par les meilleurs ouvriers du royaume, une merveilleuse robe couleur du temps, c’est-à-dire d’un bleu aussi bleu que le ciel d’été puisque nous étions au mois de juillet :
* Alors veux-tu m’épouser ?
La princesse fit encore durer la chose en réclamant une robe couleur de lune puis un peu plus tard, couleur de soleil. À chaque fois, le roi empressé, combla le désir de sa fille et lui fit faire de magnifiques habits. La fée, surprise et irritée, suggéra alors que la princesse demande qu’on lui offre la peau de l’âne... oui, vous avez bien entendu, la peau de l’âne royal, producteur d’écus en or ! On verrait bien où iraient dans ce cas, le cœur et la préférence du roi…
Mais ce dernier, aveuglé par la passion, sacrifia le pauvre animal et fit don de sa dépouille à la princesse, horrifiée par tant de folie. Elle s’affubla donc de la peau et, silhouette étrange, quitta discrètement le palais afin de fuir définitivement son terrible destin.
Elle erra ainsi dans les campagnes telle une mendiante. Elle n’avait plus rien d’une princesse. La peau d’âne qui la recouvrait des pieds à la tête, ajoutée à la poussière des chemins, l’avaient transformée totalement en souillon. Elle trouva du travail dans une ferme d’un royaume voisin. Là, au milieu des poules et des cochons, elle se laissait aller souvent à pleurer et son cœur se déchirait d’amertume et de nostalgie. Un jour, n’y tenant plus, elle alla se baigner à la rivière pour retrouver forme humaine et un peu de grâce féminine. Mais toute la scène fut observée discrètement par le prince de ce pays qui passait par là, après une journée de chasse. Devant ce spectacle merveilleux, il tomba bien entendu de suite amoureux de cette belle inconnue.
De retour au palais, son esprit fut envahi chaque jour davantage, par la vision de cette beauté aux longs cheveux blonds et à la peau si blanche. Il la fit rechercher, se renseigna de gauche, de droite, mais personne ne voyait de qui il s’agissait. Bien sûr, tous ignoraient que Peau d’âne, sous sa dépouille, cachait une beauté incomparable et qu’elle était devenue sans le savoir elle-même, le tourment du jeune prince. Celui-ci se mit à dépérir tant il était à la fois amoureux et malheureux.
Un jour que ses parents, le roi et la reine, avaient organisé un goûter pour le distraire, ils commandèrent des gâteaux à la ferme où travaillait Peau d’âne. Ils se les firent livrer dans la cour du palais où une grande tente avait été dressée en plein air. Peau d’âne faisait partie du personnel et elle s’activait comme les autres, quand éclata un violent orage ! Des bourrasques de vent emportèrent les nappes, les tentures de soie, tandis que la pluie inondait tout. L’assistance désemparée, se mit à fuir et à son tour, le prince se leva de son siège pour trouver refuge dans le palais. C’est alors qu’il remarqua une silhouette étrange de laquelle venait de s’envoler une peau d’âne ! De grands cheveux blonds se mirent à voler dans le vent et les gouttes d’eau ayant débarbouillé le visage, le prince reconnut la jeune fille de la rivière ! Peau d’âne se sentit redevenir elle-même et sa beauté éclata enfin aux yeux de tous ! C’est alors que la fée, sa marraine, apparut et transforma la jeune fille en ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, c’est-à-dire une merveilleuse princesse, éblouissante, couverte de bijoux et de fines dentelles.
Bien sûr, tout cela se termina par un mariage et toute une nouvelle vie de bonheur. Quant à la peau d’âne, envolée je ne sais où, personne ne se soucia de savoir ce qu’elle était devenue.