Il n'y a qu'un problème vraiment sérieux.
C'est le suicide.
Se demander si la vie vaut d'être vécue,
C'est répondre à la question fondamentale.
Moi, Sisyphe, prolétaire des dieux,
Impuissant et révolté,
Je connais toute l'étendue
De ma misérable condition.
Pas avec ma tête. Avec mes épaules.
L'absurde n'est pas dans le monde,
Ni dans l'homme seul.
Il naît de leur confrontation —
Cet appel humain
Qui heurte le silence déraisonnable du monde.
Je pousse la pierre.
Le monde ne répond pas.
Je pousse encore.
Le monde se tait.
Cette heure qui est comme une respiration,
Qui revient aussi sûrement que mon malheur,
Cette heure est celle de la conscience.
À chacun de ces instants
Où je quitte les sommets,
Où je m'enfonce peu à peu
Vers les tanières des dieux —
Je suis supérieur à mon destin.
Chacun des grains de cette pierre,
Chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit,
À lui seul, forme un monde.
La lutte elle-même vers les sommets
Suffit à remplir un cœur d'homme.
Il faut imaginer Sisyphe heureux.
Commencer à penser, c'est commencer d'être miné.
Nous sommes tous au bas de la montagne,
Nous retrouvons toujours notre fardeau.
Nous aussi nous jugeons que tout est bien.
Cet univers désormais sans maître
Ne nous paraît ni stérile ni fertile.
Il est. Nous sommes. C'est tout.
Nous enseignons la fidélité supérieure
Qui nie les dieux et soulève les rochers.
Chacun de nous a sa pierre,
Chacun de nous a sa montagne,
Chacun de nous a cette heure de descente
Où la clairvoyance revient.
Il n'est pas de destin
Qui ne se surmonte par le mépris.
Le mépris n'est pas la haine.
C'est le refus de détourner les yeux.
C'est regarder le rocher en face,
Et le soulever quand même.
Chacun des grains de cette pierre,
Chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit,
À lui seul, forme un monde.
La lutte elle-même vers les sommets
Suffit à remplir un cœur d'homme.
Il faut imaginer Sisyphe heureux.
Il faut imaginer Sisyphe heureux.
Il faut.
Imagine.