Tes yeux forêt

Je traînais mon ombre en silence, Comme on porte une ancienne absence, Le monde avait ce goût d’hiver Qui reste longtemps dans la chair. Je souriais mal, presque par erreur, J’avais le vide à la place du cœur, Et les jours glissaient, pâles et lents, Comme des cendres dans le vent. Puis toi, venue d’un autre monde, Avec ta lumière et tes secondes Qui semblaient plus vastes que la nuit, Plus douces, plus troubles aussi. On n’avait ni la même langue, Ni les mêmes villes sous les ongles, Mais dans tes yeux couleur forêt J’ai vu trembler ce que j’attendais. Tes yeux forêt, tes yeux forêt, Profonds comme un été secret, Quand je tombais sans faire de bruit, Tu laissais de l’or dans mes nuits. Tes yeux forêt, tes yeux forêt, Où je m’égare et me refais, Sans me parler, tu m’as appris À revenir du fond de la nuit. Tu riais clair comme une blessure Qui aurait choisi la lumière pure, Avec ce calme un peu cruel Des femmes qu’on ne comprend jamais vraiment. Il y avait dans ta joie du mystère, Quelque chose de grave sous l’air léger, Comme si derrière tes gestes ouverts Dormait un pays jamais nommé. Moi, j’apprenais près de toi À respirer sans peur de moi, À relever un peu les yeux, À laisser l’aube entrer mieux. Entre nos voix, entre nos peaux, Entre nos routes, entre nos mots, Il y avait ce fil discret Qui me menait vers ta clarté. Tes yeux forêt, tes yeux forêt, Profonds comme un été secret, Quand je tombais sans faire de bruit, Tu laissais de l’or dans mes nuits. Tes yeux forêt, tes yeux forêt, Où je m’égare et me refais, Sans me parler, tu m’as appris À revenir du fond de la nuit. Je ne savais rien de ton passé, Ni des orages que tu cachais, Seulement cette grâce étrange De rendre le silence moins sombre. Tu n’as pas promis de me sauver, Tu m’as juste appris à rester, À ne plus faire de mon chagrin Une maison, un destin. Tes yeux forêt, tes yeux forêt, Mystère doux, vertige parfait, Quand tout en moi disait « finis », Tu rouvrais lentement la vie. Tes yeux forêt, tes yeux forêt, Ont changé le goût de l’air, Et depuis toi je marche droite, Plus vivante à l’intérieur de moi. Si je souris dans la lumière, C’est peut-être un peu de ta manière, Toi, la plus claire et la plus secrète, Restée longtemps sous mes paupières.