Music: Georges Bizet
No 14 - Couplets
ESCAMILLO:Votre toast ... je peux vous le rendre,
Señors, Señors, car avec les soldats
Oui les toreros peuvent s'entendre,
Pour plaisirs ils ont les combats.
Le cirque est plein, c'est jour de fête,
Le cirque est plein du haut en bas.
Les spectateurs perdant la tête,
Les spectateurs s'interpellent à grands fracas:
Apostrophes, cris et tapage
Poussés jusques à la fureur.
Car c'est la fête du courage,
C'est la fête des gens de cour.
Allons en garde! Allons! Allons! Ah!
Toréador, en garde,
Toréador, toréador,
Et songe bien, oui songe en combattant
Qu'un oeil noir te regarde
Et que l'amour t'attend.
Toréador, l'amour,
L'amour t'attend!
...etc.
ESCAMILLO Tout d'un coup on fait silence;
On fait silence. Ah que se passe-t-il?
Plus de cris; c'est l'instant
Le taureau s'élance en bondissant hors du toril …
Il s'élance, il entre, il frappe, un cheval roule
Entraînant un picador.
«Ah bravo toro!», hurle la foule.
Le taureau va ... il vient ... il vient et frappe encor!
En secouant ses banderilles,
Plein de fureur, il court!
Le cirque est plein de sang;
On se sauve, on franchit les grilles;
C'est ton tour maintenant.
Allons en garde! Allons! Allons! Ah!
Toréador, en garde!
Toréador, toréador!
Et songe bien, oui songe en combattant
Qu'un oeil noir te regarde
Et que l'amour t'attend.
Toréador, l'amour t'attend!
On boit, on échange des poignées de main avec le toréador.
PASTIA:Messieurs les officiers, je vous en prie.
ZUNIGA:C'est bien, c'est bien, nous partons.
Les officiers commencent à se préparer à partir. - Escamillo se trouve près de Carmen.
ESCAMILLO:Dis-moi ton nom, et la première fois que je frapperai le taureau, ce sera ton nom que je prononcerai.
CARMEN:Je m'appelle la Carmencita.
ESCAMILLO:La Carmencita?
CARMEN:Carmen, la Carmencita, comme tu voudras.
ESCAMILLO:Eh bien! Carmen ou la Carmencita, si je m'avisais de t'aimer et d'être aimé de toi, qu'est-ce que tu me répondrais?
CARMEN:Je répondrais que tu peux m'aimer tout à ton aise, mais que quant à être aimé de moi pour le moment, il n'y faut pas songer!
ESCAMILLO:Ah!
CARMEN:C'est comme ça.
ESCAMILLO:J'attendrai alors et je me contenterai d'espérer …
CARMEN:Il n'est pas défendu d'attendre et il est toujours agréable d'espérer.
MORALÈS:à Frasquita et à MERCÉDÈS:Vous ne venez pas décidément?
MERCÉDÈS ET FRASQUITA:sur un nouveau signe de PASTIA:Mais non, mais non …
MORALÈS:à ZUNIGA:Mauvaise campagne, lieutenant.
ZUNIGA:Bah! La bataille n'est pas encore perdue ...
Bas à CARMEN:Ecoute-moi, Carmen, puisque tu ne veux pas venir avec nous, c'est moi qui dans une heure reviendrai ici.
CARMEN:Ici?
ZUNIGA:Oui, dans une heure ... après l'appel.
CARMEN:Je ne vous conseille pas de revenir …
ZUNIGA:Je reviendrai tout de même.
Nous partons avec vous, torero, et nous nous joindrons au cortège qui vous accompagne.
ESCAMILLO:C'est un grand honneur pour moi, je tâcherai de ne pas m'en montrer indigne lorsque je combattrai sous vos yeux.
Tout le monde sort, excepté Carmen, Frasquita, Mercédès et Lillas Pastia.
FRASQUITA:à PASTIA:Pourquoi étais-tu si pressé de les faire partir et pourquoi nous as-tu fait signe de ne pas les suivre?
PASTIA:Le Dancaïre et le Remendado viennent d'arriver ... ils ont à vous parler de vos affaires, des affaires d'Egypte.
CARMEN:Le Dancaïre et le Remendado?
PASTIA:(ouvrant une porte et appelant du geste)Oui, les voici ... tenez …
Entrent le Dancaïre et le Remendado. - Pastia ferme les portes, met les volets, etc.
FRASQUITA:Eh bien, les nouvelles?
LE DANCAÏRE:Pas trop mauvaises, les nouvelles; nous arrivons de Gibraltar …
LE REMENDADO:Jolie ville, Gibraltar! ... On y voit des Anglais, beaucoup d'Anglais, de jolis hommes les Anglais; un peu froids, mais distingués.
LE DANCAÏRE:Remendado!
LE REMENDADO:Patron?
LE DANCAÏRE:Vous comprenez?
LE REMENDADO:Parfaitement, patron …
LE DANCAÏRE:Taisez-vous, alors. Nous arrivons de Gibraltar, nous avons arrangé, avec un patron de navire, l'embarquement de marchandises anglaises. Nous irons les attendre près de la côte, nous en cacherons une partie dans la montagne et nous ferons passer le reste. Tous nos camarades ont été prévenus ... ils sont ici,
cachés, mais c'est de vous trois surtout dont nous avons besoin ... vous allez partir avec nous...
CARMEN:Pour quoi faire? Pour vous aider à porter des ballots?…
LE REMENDADO:Oh! Non ... faire porter des ballots à des dames ... ça ne serait pas distingué.
LE DANCAÏRE:Remendado?
LE REMENDADO:Oui, patron.
LE DANCAÏRE:Nous ne vous ferons pas porter de ballots, mais nous avons besoin de vous pour autre chose.