Lyrics: D' de Kabal Music: Raphaël Amato NOIR.e
Je ne parle pas ta langue Je suis sale dedans comme dehors Je suis fourbe et menteur Maltraitant et empoisonneur Je sens mauvais Je suis paresseux, délinquant Depuis mon plus jeune âge : Voleur, violeur, escroc, violent Je suis mal adapté au monde d’aujourd’hui Mon peuple n’a pas su entrer dans la modernité Je suis atrophié, en manque de confiance J’ai peur des églises, des crucifix, des chiens Et accessoirement du savon et de la police Né avec une pigmentation qui diffère de la tienne. Je le sais, tu le sais Alors pourquoi n’as-tu eu de cesse de ramener cela sur la table De me démontrer par tous les moyens A quel point j’étais différent de toi, des tiens De toi et des tiens Tu te présentais à moi comme la norme, la seule L’unique référence, l’étalon de toute les mesures La seule réalité tangible autorisée à disserté Sur les autres réalités, du coup moins tangibles Et tu as tenté de me diminuer Et tu as tenté de m’intimider De m’inciser dans le sens de la hauteur De me vider de ma substance, de m’éteindre De me polluer, de m’asphyxier Tu as tenté de me déshumaniser Humiliation, violence, discrimination Mépris, strangulation, objectivation Plaquage ventral, objectivation, hypersexualisation Objectivation, Animalisation, objectivation Aujourd’hui, quant à mon tour je parle De la différence entre ta peau et la mienne Ton histoire et la mienne Ton regard et le mien Tes mécanismes de domination et les miens Tes aspirations et les miennes Tes rêves de conquêtes versus les miens Tu me craches en pleine face Me rétorque qu’avec le temps Je me suis crispé sur ce qui dessine nos différences Ce qui cristallise nos inégalités Tu me reproches de m’être tenu debout De m’être auto-défini De mettre les « S » au pluriel Les barres sur les « T », les points sur les « i » Tu dis que je suis enkysté sur toutes ces petites histoires Que je ferais mieux d’étreindre de toutes mes forces Ce qui constitut notre grande histoire Le fait est que tu parles beaucoup, beaucoup Beaucoup trop Tu occupes tout l’espace, donne ton avis sur tout Tu es partout chez toi, tu ne te refuses rien Aucunes incursions dans aucuns groupes Tu ne te refuses rien Tu es l’incarnation de la domination Et tu as de plus en plus de mal à l’entendre Et tu le manifestes, et tu parles encore Et tu parles encore Le fait est que tu parles beaucoup, beaucoup Beaucoup trop Tais-toi et laisse parler ceux qui vive Ce que tu ne peux pas, tais-toi Tu n’es pas seul au monde Tu t’es crispé sur les couleurs Tu as fabriqué des barèmes d’évaluation colorimétrique Pas moi, Pas nous Tu as fabriqué des barèmes d’évaluation colorimétrique Qui ne disent pas leurs noms Tu as, pas nous Mon sujet est l’ensemble des mécanismes de domination Ton sujet est ma couleur, mon origine C’est toi que je laisse sur le bas-côté Quand tu te débats maladroitement avec concept Pensées et idées des coloniales, c’est toi Moi, moi, moi Je fais comme les autres de ma condition J’œuvre à mon émancipation
Texte de D’ De KABAL