La Petite Poucette

Lyrics: Patrick Jaymes Music: Paul Glaeser Un jour, une jeune femme qui désirait depuis longtemps avoir une petite fille, mais n’y parvenait pas, alla rendre visite à une vieille grand-mère qui, paraît-il, détenait des pouvoirs magiques. Elle lui expliqua en long et en large que son vœu le plus cher serait d’avoir une toute petite fille à aimer et un tout petit bout de chou à câliner, une petite poupée d’amour à soigner et à rendre heureuse :
* Ton désir si particulier sera exaucé ! répondit la vieille mamie. Voici une graine spéciale ! Plante-la dans un pot et tu verras !
Rentrée chez elle, la future maman planta la graine et l’arrosa consciencieusement. Au bout de quelques jours, une superbe fleur apparut et quand le bouton s’ouvrit, au milieu des pétales, se tenait assise une minuscule petite fille. C’était vraiment un tout petit bout de fillette, pas plus grande que le pouce de la main. Aussi, tout le monde l’appela « Poucette ».
La maman, surprise mais pleine d’amour, installa Poucette dans une coquille de noix tenant lieu de berceau. Un pétale de rose servit d’édredon et une violette d’oreiller.
La journée, Poucette chantait pendant que sa mère vaquait aux tâches ménagères. Sa voix extraordinairement pure et mélodieuse attirait les oiseaux du voisinage sur le bord de la fenêtre et ils reprenaient en chœur chaque refrain.
Un matin, ce fut un crapaud qui, charmé, vint tournicoter auprès de Poucette. La trouvant très à son goût, il décida d’en faire son épouse et la chargea aussitôt sur son dos ! La minuscule fillette n’eut pas le choix et fut entraînée fermement par le crapaud, vers un étang tout proche où il avait sa demeure. Il la plaça délicatement sur une feuille de nénuphar pour qu’elle ne se sauve pas et il alla faire quelques commissions, pour s’attirer les bonnes grâces de sa nouvelle fiancée.
Poucette s’ennuyait ferme et voulait rentrer chez elle, retrouver sa maman. Sa place n’était pas sur un étang, à attendre un futur mari si gros et si vilain ! Alors qu’elle commençait à sangloter, un poisson fut attiré par ce petit trognon de fillette comme posée sur l’eau :
* Ah, je vois ! Tu ne veux pas épouser le crapaud ! lui dit-il.
Et tirant la feuille entre ses dents, il entraîna Poucette dans le courant jusqu’à l’autre berge de l’étang. Mais à peine débarquée, Poucette fut enlevée par un scarabée volant, lui aussi à la recherche d’une épouse. La beauté de Poucette faisait vraiment des ravages ! Suspendue dans les airs, la fillette tambourinait de rage avec ses petits poings, contre le torse en cuirasse de l’insecte. À force de gigoter, l’autre finit par lâcher sa proie. Poucette vint atterrir dans une prairie de marguerites et de coquelicots. Elle qui était née dans une fleur, retrouvait là son véritable élément. Elle sympathisa avec les papillons, se délecta avec eux du nectar des rosiers sauvages et des bleuets, et ainsi, l’été se passa comme dans un rêve.
Néanmoins, les mauvais jours arrivèrent. Le vent et le froid s’installèrent, et la pauvre Poucette commença à se faire bien du souci. Enveloppée dans une feuille morte, elle quitta tristement sa prairie du bonheur et prit le chemin de la forêt, pensant y trouver meilleur refuge. Tremblante et découragée, elle était sur le point de pleurer, quand elle croisa une souris. Le petit animal, n’ayant jamais vu de sa vie une telle petite fille, l’invita à se restaurer et à prendre du repos dans sa maison souterraine. Finalement, elle y passa l’hiver dans une chaude ambiance familiale, chantant tous les soirs de merveilleuses mélodies pour son hôte, qui bien sûr, comme tous les autres, était tombé un peu amoureux d’elle. Puis, au cours d’une fête entre animaux du sous-sol, on lui présenta M. Taupe qui lui proposa, lui aussi, carrément de l’épouser ! Poucette, toujours aimable, s’installa un moment chez lui, ne sachant trop quelle décision prendre.
Or, un jour, elle trouva au bout de la galerie une hirondelle à moitié morte. Elle s’en occupa si bien que l’oiseau fut sauvé. Devenues amies comme des sœurs, Poucette et l’hirondelle furent très heureuses de voleter et gambader ensemble, au milieu des fleurs des champs. L’hirondelle lui parla d’un pays vers lequel, tous les ans, elle partait passer la mauvaise saison. Là-bas, les fleurs étaient encore plus grandes, plus belles, bien plus colorées qu’ici et Poucette, émerveillée, décida de partir avec son amie l’hirondelle, dès qu’elle le pourrait.
Le grand jour arriva enfin. Et hop ! En avant pour l’aventure ! Postée sur le dos de l’oiseau, Poucette vit défiler sous elle des montagnes, des fleuves, des mers, des déserts, pour enfin arriver au paradis des fleurs ! C’était vraiment le plus bel endroit au monde, avec une nature sauvage, des parfums enivrants ! Poucette, en chantonnant de bonheur, ne savait plus où donner des yeux, du nez, et puis elle découvrit soudain sur une corolle de tulipe, un petit bonhomme aussi minuscule qu’elle :
* Comme il est mignon ! se dit-elle. En voilà un, au moins, qui me plaît bien mieux que le crapaud, la taupe et le scarabée réunis !
* Bienvenue dans mon pays ! Je suis le prince de ces lieux ! Veux-tu devenir ma reine ?
Le petit bonhomme, lui aussi, envoûté par la voix et la grâce de Poucette, en était tombé amoureux !
Très vite, ils devinrent le couple le plus petit, mais le plus apprécié du royaume des fleurs, où ils vécurent inséparables et heureux très, très, très longtemps. De son côté, Poucette ne manqua pas, chaque année, de charger son amie l’hirondelle, d’aller donner des nouvelles à sa maman chérie qu’elle n’avait, malgré toutes ces aventures, jamais oubliée.